L’éducation émotionnelle commence à la maison : paroles de tous les jours, impacts de toujours

6 astuces contre l'anxiété pathologique

Aujourd’hui, j’ai assisté à une scène qui m’a profondément interpellée, non pas pour sa violence visible, mais pour la banalité de ses mots. En revenant d’une intervention dans un collège sur la prévention du harcèlement, je suis passée chez mon légumier habituel. Ce que j’y ai observé m’a rappelé à quel point l’éducation émotionnelle ne se joue pas seulement entre les murs d’une école, mais bien dans chaque coin de notre vie quotidienne.

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Dialogue 

J’ai entendu des phrases comme : « Je vais te défoncer si tu viens là » (l’enfant venait à peine d’entrer dans le magasin), puis des remarques sexistes du type : « Tu veux aller à la patinoire ? C’est pour les gonzesses. » L’enfant répondait sur le même ton : « C’est la piscine qui est pour les filles, c’est nul, je vais le dire à mon père. » Et le commerçant de répondre : « Je vais le tabasser ton père. » Et tout cela semblait presque normal entre eux. La mère attendait et ne disait rien. J’ai compris que c’était le grand-père et que ces phrases faisaient partie de leur façon de s’adresser l’un à l’autre.

Le lien avec l’éducation émotionnelle

Ce qui m’a particulièrement marquée dans cette scène, c’est qu’elle fait écho à ce que nous essayons de faire à travers l’association Astrée. (association : lutte contre l’isolement)
Dans nos interventions en milieu scolaire, nous mettons beaucoup d’énergie à sensibiliser les jeunes au harcèlement, à l’empathie, et au respect des autres. Mais ce que j’ai vu chez ce commerçant m’a rappelé que l’éducation émotionnelle ne s’arrête pas aux portes de l’école.

Dans le programme “Attentifs aux autres” que nous menons avec Astrée, nous cherchons à montrer aux élèves que chaque mot, chaque geste, même anodin, participe à la construction de leur rapport aux autres. Ce jour-là, j’ai réalisé à quel point les enfants intègrent aussi, presque inconsciemment, les modèles qu’ils voient dans leur famille, chez les commerçants, ou dans n’importe quel contexte du quotidien.

Ces petites phrases, même dites en plaisantant, façonnent la manière dont les enfants perçoivent les relations, les rôles de genre, et ce qui est considéré comme normal ou acceptable. C’est un rappel puissant que l’éducation émotionnelle est une responsabilité partagée, bien au-delà de ce que nous enseignons dans les ateliers scolaires.

Comme le souligne Daniel Goleman, l’auteur du concept d’intelligence émotionnelle, les compétences émotionnelles se construisent au quotidien, bien au-delà des apprentissages scolaires.

1. La gestion des émotions

Il explique que les enfants apprennent à gérer leurs émotions, à comprendre les rapports humains, et à développer leur empathie en observant les adultes autour d’eux. Ainsi, chaque mot, même anodin, participe à cette éducation émotionnelle invisible mais essentielle.”

On peut identifier plusieurs aspects que ce type de langage quotidien peut impacter dans les relations futures des enfants. Voici six points :

Les enfants qui entendent régulièrement des paroles agressives ou dévalorisantes, même sur le ton de la plaisanterie, peuvent avoir plus de difficultés à réguler leurs propres émotions. Ils risquent de normaliser certaines réactions impulsives ou d’avoir du mal à exprimer calmement ce qu’ils ressentent.

2. L’empathie et la compréhension des autres

Si un enfant grandit dans un environnement où l’on se moque ou dévalorise facilement, il peut avoir plus de mal à développer une véritable empathie. Il risque de considérer que certaines paroles blessantes sont normales, et donc d’avoir plus de mal à comprendre et respecter la sensibilité des autres.

3.Les relations de genre et les stéréotypes

Des remarques sexistes, même faites en plaisantant, peuvent renforcer chez l’enfant des stéréotypes de genre. Cela peut impacter ses futures relations, sa vision des rôles masculins et féminins, et la manière dont il perçoit l’égalité ou le respect mutuel.

4. La gestion des conflits

Un enfant habitué à entendre des échanges verbaux agressifs ou menaçants peut reproduire ce schéma dans ses propres relations. Il pourrait avoir tendance à gérer les désaccords par la confrontation ou l’agressivité plutôt que par le dialogue apaisé.

5. L’estime de soi et la confiance en soi

Grandir dans un environnement où l’on utilise des paroles rabaissantes, même sur le ton de l’humour, peut fragiliser l’estime personnelle d’un enfant. Il pourrait intégrer l’idée qu’il est normal de se dévaloriser ou de se sentir moins légitime.

6. La normalisation de certains comportements

Enfin, un enfant exposé à ce type de langage risque de considérer comme “normaux” des comportements qu’il reproduira plus tard, dans ses relations amicales, professionnelles ou familiales. Il peut avoir du mal à distinguer ce qui est acceptable de ce qui ne l’est pas.